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7 janvier 2013 - La Bise pour tous

En tant que membre de GreenBees, j’aimerais partager avec vous une belle expérience de rencontre interculturelle, lors d’une semaine passée avec Elodie à La Bise.

La maison de vacances familiales d’ATD Quart Monde à La Bise (Jura) est ouverte l’été et aussi durant l’année, pendant les vacances scolaires. On y accueille des familles qui ne sont jamais parties en vacances avec leurs enfants ou qui cherchent un lieu pour vivre un temps de sérénité ensemble lorsque les enfants sont placés. Grâce aux volontaires présents à l’année et aux bénévoles « accueillants » qui les accompagnent, les familles ne s’occupent pas de la logistique de la vie quotidienne, et des activités diverses sont proposées aux parents et à leurs enfants.

Les accueillants ne se substituent jamais aux parents. Ils n’assurent pas non plus une garderie. Ils sont présents pour offrir les conditions des meilleures vacances possibles.

Après une semaine passée aux côtés de ces familles, j’ai pris un temps pour réfléchir sur mon rôle d’accueillant :

  • J’ai été attentif aux tâches dont j’avais la responsabilité.
  • J’ai essayé d’être attentif aux envies des vacanciers.
  • J’ai participé du mieux que j’ai pu aux activités collectives.
  • J’ai écouté et dialogué avec ceux qui souhaitaient partager avec moi sans chercher à connaître leurs vies ou leurs difficultés.
  • J’ai vécu à côté des familles mais je n’ai pas vécu dans les familles. J’ai gardé une distance qui m’a permis d’accueillir sans préjugé ni compassion exagérée, mais qui a été aussi parfois un frein au partage et à l’échange.

Le projet que porte ATD Quart-Monde à la Bise fait partie intégrante de sa mission de défense des droits fondamentaux pour tous. Selon moi, l’objectif de la Bise n’est pas dans la connaissance (compréhension) des familles, mais plutôt dans la reconnaissance de ces familles en tant qu’individus ayant les mêmes droits que tous (droit aux vacances, droits à l’attention, droit à une deuxième chance).

Je peux témoigner que tous les vacanciers avaient vraiment le souhait le réussir ce temps de vacances. Chacun était dans l’attente de ces vacances. Il y a eu de part de tous, aussi bien vacanciers qu’accueillants, de nombreux signes de tendresse et d’attention les uns envers les autres.

J’ai pu voir combien, pour ces familles, les enfants sont un rempart pour lutter contre les difficultés du quotidien et les dérives, un tremplin vers l’avenir. Les vacances à La Bise s’inscrivent dans des projets personnels et familiaux plus larges.

Malgré les différences dans les vécus et les souffrances quotidiennes, le souhait de construire de beaux souvenirs de vacances s’est ressenti dans les efforts faits par chacun pour faciliter le vivre ensemble : une aide, un pardon, un geste d’attention, un effort pour participer aux ateliers et aux sorties collectives.

Ce que je comprends de La Bise va au-delà du combat pour les vacances ou la dignité des personnes vivant dans des conditions difficiles. Son projet implique la société toute entière car il n’est réellement viable que s’il y a rencontre entre les familles et les accueillants. C’est un modèle pour construire une société soucieuse de faire tomber les barrières entre les individus. L’individualisme tue la société. Le partage et le vivre ensemble la construit. Ce que résume très bien ce commentaire d’un vacancier : « Les accueillants ne peuvent pas exister sans les vacanciers, ni les vacanciers sans les accueillants. »

Comme si le droit aux vacances devait s’accompagner d’une obligation d’accueil pour tous. Participer à ces vacances m’a permis de redécouvrir des qualités humaines qui ne sont pas portées dans la société actuelle. L’idéal serait pour moi qu’il n’y ait vraiment plus de différences entre les accueillants entre les accueillis.

Noël peut être perçu comme une période angoissante pour les gens qui vivent avec des difficultés. Faire famille ensemble nous aide à construire une société plus solidaire. Je reste dans l’espérance que les vacanciers se rappelleront plus d’un sourire, d’une attention, d’une chaleur humaine que d’un endroit bien décoré, des bons repas ou du cadeau reçu à Noël. En tout cas, c’est ce qui me restera d’eux, et qui me lance dans cette nouvelle année.

Bonne année 2013 à tous !